Procès pour assassinat : « Je ne suis pas un monstre froid »

Francis Huguel est jugé à la cour d'assisses de la Gironde du 18 au 21 mai 2026 ©Inès Wortham

Un mari jaloux accusé d’avoir tué l’amant de sa femme : au deuxième jour du procès, la cour d’assises de la Gironde s’est penchée sur la personnalité de Francis Huguel.

La deuxième journée du procès a débuté par l’étude de la personnalité de l’accusé. Placé en détention provisoire depuis octobre 2023 pour l’assassinat de Nicolas Ribes, Francis Huguel, un cinquantenaire au visage creusé et aux cheveux grisonnants, admet avoir pris conscience de ses actes : « Je ne suis pas un monstre froid […] j’ai pris la mesure de ma responsabilité », affirme-t-il devant la cour d’assises de la Gironde, ce 19 mai 2026.

Il est accusé d’avoir assassiné Nicolas Ribes le 11 mars 2023. Ce jour-là, il attendait que l’amant de sa femme sorte de chez elle, l’a ensuite pris en chasse avant de le percuter. Le but initial, selon l’accusé, était de le confronter au sujet de sa relation avec Cécile, mais Francis Huguel explique avoir été envahi par une profonde colère, ce qui l’a poussé à tirer deux balles dans le thorax de sa victime avant d’incendier les preuves. Il cherchait à camoufler son meurtre en accident, un crime presque « parfait » puisque Madame Ribes et ses filles ont fini par retrouver le corps calciné de la victime dans la voiture.

Pourtant, Francis Huguel n’est pas décrit comme une personne dangereuse. Ses amis disent même de lui : « De prime abord, c’est quelqu’un de sympathique […] pas quelqu’un de méchant ». Pompier volontaire au casier judiciaire vierge jusque-là, il est vrai qu’il est difficile de percevoir l’âme d’un meurtrier derrière les remords exprimés par l’accusé.

« Je voulais que ça s’arrête »

Fils d’un père militaire, il a connu une enfance difficile. À 18 ans, il est mis à la porte du foyer familial. Il enchaîne ensuite les emplois sans jamais s’y installer durablement, signe d’une certaine instabilité. Sa belle-sœur le confirme : « Il avait toujours un souci avec ses collègues, ses patrons ».

Dans sa vie personnelle, la situation n’est pas plus stable. Père de deux filles issues d’un premier mariage, il épouse Cécile en 2013. Bien que cette dernière insiste sur les moments heureux, leur couple reste marqué par plusieurs séparations, dont une au moment des faits. « Au bout d’un moment, quand on est rabaissée, on en a marre », confie Cécile Huguel. Une violence verbale récurrente, faite de menaces, vient s’ajouter à ce tableau. Pourtant, les procédures de divorce traînent, Cécile met cela sur le compte de la lenteur administrative.

Francis Huguel, quant à lui, est accablé par « une grande souffrance sentimentale » et une blessure narcissique, selon l’expert psychologue. C’est dans ce contexte qu’il aurait cherché un moyen de faire taire la douleur. D’abord une tentative de suicide, puis, le 11 mars 2023, le choix de supprimer son rival. « Je voulais que ça s’arrête. J’avais cogité sur ça », justifie-t-il, avant d’ajouter : « Je suis très jaloux quand je suis amoureux ».

Ces déclarations amènent la cour à interroger les experts sur la dangerosité de l’accusé. Si le psychologue qualifie son geste d’« isolé », l’expert psychiatre le contredit : un féminicide aurait également pu être une « possibilité ».

L’accusé affirme ressentir de l’empathie pour Nicolas Ribes et sa famille. Mais une peur semble dominer toutes les autres : celle de retourner en prison. Il bredouille, hésite, avant de murmurer en sanglotant : « Je ne sais pas si je serais encore capable de… vivre… dans un milieu carcéral, parce que ce n’est pas ma vie ». La présidente Billaud lui rappelle alors qu’il est accusé du crime le plus grave que reconnaisse la société. Une réalité à laquelle Francis Huguel devra faire face jusqu’au verdict, attendu le 21 mai.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *