Procès pour assassinat : le « crime parfait » pour éliminer un rival

Francis Huguel est jugé à la cour d'assisses de la Gironde du 18 au 21 mai 2026 ©Inès Wortham

Un mari jaloux, un rival assassiné puis brûlé dans sa voiture, et une tentative désespérée d’effacer toute trace. Trois ans après les faits, Francis Huguel répond de ses actes devant la cour d’assises de la Gironde.

Le 18 mai 2026, le procès de Francis Huguel, 58 ans, s’ouvre à la cour d’assises de la Gironde. Il est accusé de meurtre avec préméditation.

Les faits remontent à 2023. Rongé par la jalousie, Francis Huguel ne supporte pas la relation extra-conjugale que sa femme Cécile entretient avec Nicolas Ribes, un père de famille de 56 ans. Il commence alors à réfléchir à une façon d’éliminer ce rival.

Le 11 mars 2023, vers 8h50, il patiente au volant de son Renault Trafic près d’un rond-point, guettant la sortie de Nicolas Ribes du domicile de Cécile. Dès qu’il aperçoit la Dacia Sandero de celui qu’il appelle son « rival », il le prend en filature sur la D6 en partant de Lacanau, tentant de le forcer à s’arrêter.

La voiture ne s’immobilisant pas, Francis Huguel lui fait une queue de poisson et la percute. Nicolas Ribes perd le contrôle de son véhicule et finit sur le bas-côté, contre un pin. Francis Huguel monte alors dans la voiture de sa victime. Une brève discussion s’ensuit, au cours de laquelle l’amant aurait avoué aimer Cécile. Francis Huguel aurait alors tiré à deux reprises avec son arme personnelle, avant de mettre le feu au véhicule avec de l’essence pour faire disparaître les preuves. Il affirme avoir agi sous le coup de la colère.

Le corps de Nicolas Ribes n’est pas découvert immédiatement par la police. C’est sa femme et ses filles, venues constater l’accident à 13h, qui font une découverte macabre : une masse calcinée, assimilable à un corps humain, sur le siège conducteur. L’autopsie confirmera qu’il s’agit bien de Nicolas Ribes.

« Un trop-plein d’émotions »

Dans le box, l’accusé ne nie pas les faits. « J’exprime mes plus profonds regrets à la famille de la victime, à ses filles et à ma femme. Je suis conscient que ce que j’ai fait est inadmissible », bredouille-t-il. Ce crime aurait pu être le « crime parfait », selon les mots de la présidente Billaud, si la famille n’avait pas identifié le corps et si les données de géolocalisation du téléphone de Francis Huguel n’avaient pas permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à lui.

Le 3 octobre 2023, les enquêteurs le désignent comme suspect numéro un et l’interpellent à son domicile. La police y retrouve plusieurs armes, dissimulées dans des sacs en tissu et non rangées dans un coffre-fort, comme l’exige la loi. Ces armes seraient compatibles avec l’arme du crime. L’accusé avoue rapidement, mais des zones d’ombre demeurent.

La question de la préméditation est au cœur des débats. Francis Huguel décrit son geste comme impulsif, dicté par la jalousie. Son avocate, Maître Herbold, plaide en ce sens : il « n’a pas pu gérer un trop-plein d’émotions », affirme-t-elle, balayant les doutes sur son empathie.

Maître Dupin, avocat des filles de Nicolas Ribes, est d’un avis radicalement opposé. Les éléments accumulés dessinent selon lui le portrait d’un crime « assez minutieusement préparé » : en plus du bidon d’essence et d’un pistolet, Francis Huguel épiait sa femme depuis plusieurs semaines. Cécile avait quitté le domicile conjugal pour s’installer à Lacanau après de nombreuses disputes. Ne supportant pas cette séparation et craignant qu’elle lui cache des choses, son mari s’était mis à la surveiller pendant des heures.

Francis Huguel encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Témoins et experts seront entendus jusqu’au 21 mai.

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