Adoptée à 82,8 % le 26 janvier 2026, la loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans divise. Pour Corinne Devaux, présidente de la FCPE 33, cette mesure prise “sans concertation” risque d’être inefficace.
Quel est votre regard sur cette interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans ?
Alors je pense qu’il y a un vrai problème au sujet des réseaux sociaux. Ce n’est pas en les interdisant, surtout à des jeunes, qu’on va résoudre ce problème. À cet âge-là, ce que l’on aime, c’est braver l’interdit, ce qui est bien normal. À la FCPE, notre credo, en général, c’est la prévention, c’est l’information. Donc nous, ce que l’on souhaiterait, c’est davantage de prévention.
Et puis on sait très bien que ce qui a été mis en place en Australie, notamment, ne fonctionne pas. Les jeunes sont tous bien plus doués que les parents avec ces outils que vous avez eus au biberon. Alors moi, la première fois que j’ai touché un ordinateur, c’était en post-bac. Ce n’est pas la question, mais c’est pour dire que les enfants, les élèves, les jeunes seront toujours plus doués que leurs parents pour arriver à trouver des solutions pour contourner cette interdiction.
La problématique réelle, c’est que ces réseaux sociaux que l’on veut interdire, à mon avis, ils ne sont pas tous à interdire.
Cette loi est-elle une fausse bonne idée selon vous ?
Pour moi, cette mesure, c’est exactement la même chose que tout ce qui se fait depuis quelques années. C’est sans concertation avec les premiers intéressés. Là, il aurait fallu qu’il consulte des spécialistes, qu’ils consultent la communauté : les profs, les assistantes sociales, peut-être les infirmières, les parents d’élèves, les élèves qui expliquent pourquoi ils vont sur ces réseaux sociaux. On aurait aussi pu aller chercher des psychologues, des chercheurs en sciences sociales. Enfin je veux dire, on a un panel de spécialistes qui ont déjà fait des tas d’études sur le sujet.
Que constatez-vous aujourd’hui dans l’usage des réseaux sociaux par les jeunes : plutôt des bénéfices ou des problèmes ?
Alors il peut y avoir les addictions, il peut y avoir la culture de l’entre-soi. Il n’y a pas que des problèmes. Là, on parle principalement Facebook, TikTok, Instagram, etc. Ceux-là peuvent être un problème parce qu’ils sont programmés et il y a des algorithmes à l’intérieur qui posent problème. Mais il y a des choses qui peuvent être intéressantes, comme Discord ou des tas d’autres choses qui permettent aux jeunes qui se connaissent d’échanger, de jouer.
Avez-vous l’impression que certains parents sont aujourd’hui démunis pour protéger leurs enfants des dangers en ligne ?
Je pense que beaucoup de parents se sentent démunis. Y compris moi-même. Je veux dire, on aimerait tous que nos enfants passent moins de temps à regarder des petits chats qui font des pitreries. Mais je pense que oui, beaucoup, la plupart des parents sont démunis. La solution qui est proposée, ce n’est pas une solution. Il faut travailler sur la prévention : au niveau des élèves, la prévention au niveau des parents, il faut les informer. Parce qu’il y a plein de conséquences à utiliser tous ces réseaux sociaux.
Comment former les parents pour qu’ils puissent aider leurs enfants ?
Alors on a un truc qui s’appelle la coéducation, on en parle depuis des années. L’éducation nationale semble en avoir entendu parler. Il faut mettre en place des choses dans les établissements scolaires, en invitant les parents à échanger, enfin à participer. Il y a déjà des choses qui se font, comme participer à des conférences ou des choses comme ça. La communauté éducative, en général, peut permettre qu’il y ait moins de stress, d’angoisse.
Que devraient faire les pouvoirs publics selon vous ?
Les pouvoirs publics ont les moyens de mettre plus d’argent dans l’éducation nationale de façon à permettre une meilleure information, instruction, prévention. Il faut former les professeurs parce qu’on ne le dit pas assez : ils ne sont pas assez formés.
Il faut qu’on mette l’accent sur les logiciels libres, et pas tout ce qui concerne Microsoft, et ne pas favoriser les GAFAM.
Et quel est la responsabilité des plateformes dans tout ça ?
Elle est énorme. C’est le concepteur qui décide ce qu’il va en faire, donc qui décide de réguler ou pas, qui décide d’utiliser un algorithme pour faire monter certains types de contenus ou pas. Il faut arrêter de taper sur l’utilisateur parce qu’en réalité, le problème, c’est la personne qui met en place l’algorithme.
