Procès pour assassinat : entre révélation et silence, une dernière chance de dire la vérité 

Francis Huguel est jugé à la cour d'assisses de la Gironde du 18 au 21 mai 2026 ©Inès Wortham

Troisième jour d’audience à la cour d’assises de la Gironde pour le procès de Francis Huguel : d’un côté, une famille qui attend la vérité depuis trois ans, de l’autre, un accusé aux déclarations ambiguës.

Au troisième jour du procès, Francis Huguel est enfin confronté à ses actes. Il est accusé d’avoir assassiné Nicolas Ribes, l’amant de sa femme, le 11 mars 2023. Il explique avoir attendu que son rival sorte de chez sa femme Cécile, puis l’avoir suivi en voiture, percuté pour le stopper, avant de lui tirer deux balles dans le thorax à l’issue d’une brève discussion. Le véhicule avait ensuite été incendié pour effacer les traces.

Madame Ribes, entendue plus tôt dans la journée, confie que cette vérité les « soulagerait encore un peu plus ». Elle décrit un mari « solaire, souriant, bienveillant », un homme qui, selon elle, ne méritait pas de mourir pour avoir « fait un petit écart ». La voix posée mais les larmes contenues, elle et ses filles cherchent, trois ans après, des réponses pour l’instant introuvables.

« Le silence est coupable »

Mais Francis Huguel reste sur ses positions : « Je ne suis pas un tueur. J’ai fait un acte de désespoir », insiste-t-il. La présidente le presse de questions, sans parvenir à le faire céder. Il finit pourtant par admettre avoir voulu nuire à Nicolas Ribes, justifiant cela par une souffrance profonde. Pour son avocate, Maître Herbold, le constat est sans appel : « Il ne dit pas « J’aime ma femme », il dit « J’ai besoin de ma femme ». Il ne peut pas s’en passer. S’il se passe d’elle, il meurt. Donc pour lui, c’était soit se supprimer lui-même, soit supprimer l’amant ».

C’est pourtant elle qui provoque le véritable rebondissement du procès. Les avocats des parties civiles et l’avocat général avaient tenté de le faire parler, en vain. Ce dernier avait même lancé, dans une ultime tentative : « Le silence est coupable ». Mais c’est sa propre avocate qui obtient la réponse à la question fatidique : quel véhicule a percuté Nicolas Ribes ?

Francis Huguel murmure : « J’ai pris un véhicule de pompier » Durant toutes ses auditions, il avait affirmé avoir utilisé son Renault Trafic personnel, une version que l’expert en accidents avait pourtant formellement écartée. Mais ce pompier volontaire reconnaît avoir menti pour protéger sa hiérarchie. Il aurait en réalité emprunté un 4×4 Land Rover à la caserne de Lacanau le 10 mars 2023, la veille des faits.

Une nouvelle question de la Présidente arrive alors « Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? Qui couvrez-vous ? Est-ce que vous protégez quelqu’un ? ». « Je ne peux pas répondre », explique Francis Huguel.

Pour Maître Dupin, avocat des parties civiles, « c’est peut-être sa dernière cartouche à jouer ». D’autant qu’Huguel avait lui-même glissé, quelques minutes plus tôt : « J’avais l’intention de dire que c’était un véhicule de pompier mais j’aurais menti » laissant planer le doute sur la sincérité de l’aveu.

Face à un criminel aux déclarations ambigus, les avocats des parties civiles ont demandé aux jurés d’être intransigeant. Le verdict est attendu le 21 mai. Francis Huguel risque la réclusion criminelle à perpétuité pour meurtre avec préméditation.

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