Nouveau quartier à Bordeaux : redessiner la gare mais pour qui ?

Les travaux du projet Canopia se poursuivent dans le quartier de la gare (© Inès Wortham)

Canopia doit ouvrir d’ici 2027 à Bordeaux. S’il promet de redynamiser les friches près de la gare, le projet suscite déjà des interrogations des habitants du quartier Saint-Jean.

À Bordeaux, un nouveau quartier doit voir le jour entre la gare Saint-Jean et la Garonne. Baptisé Canopia, le projet prévoit la transformation de quatre hectares de friches situées dans le périmètre de l’Opération d’intérêt national Bordeaux Euratlantique . Présenté pour la première fois en 2015, il doit être livré au second semestre 2027.

« Retrouver dans le quartier tout ce qui fait la ville »

Pour Grégoire de Rugy, directeur conseil chez Evidence Paris, l’enjeu est de « poursuivre la reconquête des quais ». Celle-ci avait déjà commencé dans les années 2000 avec la création des « Jardins des Lumières » et la réhabilitation des hangars de Bacalan.

Canopia s’articulera autour d’un axe piéton de 600 mètres, le futur Cours Saint-Jean, destiné à relier directement la gare au fleuve.  Il regroupera environ 70 000 m² de surfaces mêlant commerces, restaurants, logements étudiants, hôtels, bureaux et loisirs. « L’hyper-mixité permet de retrouver dans le quartier tout ce qui fait la ville : habiter, travailler, se restaurer, s’amuser… », explique Céline Poix, directrice générale foncière d’Apsys. L’ensemble a été pensé dans le respect des proportions bordelaises, avec le réemploi de façades en pierre et une architecture inspirée du centre historique.

Mais ce projet s’inscrit surtout dans une transformation plus large du quartier de la gare. La gare Saint Jean connait une fréquentation importante avec 21,8 millions de visiteurs en 2020 d’après SNCF Gares & Connexions. Selon les prévisions, en 2040, il pourrait y avoir jusqu’à 40 millions de visiteurs. Cela s’explique notamment par l’arrivée de Ligne LGV comme celle de Bordeaux-Paris en 2017 et prochainement l’arrivée d’un RER métropolitain en 2030. Il permettrait à 40% des Bordelais d’être à moins de 10 min à pied d’une gare selon l’agence Evidence Paris.

« C’est en train de changer »

Reste que le quartier de la gare conserve une réputation contrastée. « Il n’y a rien à faire autour de la gare. Le plus proche, c’est la Victoire », confie Louann, installée depuis quelques années dans le secteur. Elle décrit un quartier populaire, marqué par de nombreux kebabs et coiffeurs, par la présence de logements sociaux et par des trafics qui alimentent les clichés. « À partir d’une certaine heure, il vaut mieux être accompagné », estime-t-elle, tout en précisant qu’« il y a aussi des personnes normales ».

Pour les porteurs du projet, l’arrivée d’habitants, de commerces et d’espaces publics animés contribuerait à modifier cette image. « Le meilleur moyen de faire reculer l’insécurité, c’est de créer de l’animation », avance Grégoire de Rugy. Louann reconnaît que « c’est en train de changer », mais reste prudente : « J’espère que les prix seront abordables pour le public qu’ils visent. Ils ont peut-être des attentes trop élevées. »

À Bordeaux, la transformation de quartiers entiers n’est pas nouvelle. Ginko a été inauguré en 2013 dans le nord de la ville avec des logements, des bureaux et des espaces verts. Il devait incarner un nouveau dynamisme urbain. Pourtant, des rodéos urbains y sont régulièrement recensés et donnent lieu à des interventions de police.

À l’approche de l’ouverture de Canopia, certains habitants gardent cet exemple en tête. Ainsi, dans le quartier de la gare, la transformation en cours, suscite à la fois attentes et interrogations. Louann observe alors : « Les quais, ils sont conquis, mais pas par les gens qu’ils veulent ».

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